J’arrive chez moi où je suis étranger …
Être “chez soi” est une complétude problématique dans la mesure où le “chez soi” relève du connu. Le véritable voyage “vers soi” me fait arriver comme étranger “chez moi”.
Ce qui m’attend est, à proprement parler, une étrangère, le corps de ma jouissance, celle qui tisse et détisse, incessamment, la matière de mon histoire.
La première boucle du voyage ne se referme pas en un cercle, elle ouvre la seconde boucle puis la suivante. Ces boucles spiralées inscrivent, en leur centre, ce qui, fatalement, m’échappe: le désir.
Nicolas De Staël
Barbe Bleue Onassis, un contemporain …
L’histoire de vie de Anna Maria Kelilia Sophia Kalogeropoulou est un long tissu dramatique dont la trame principale est une prédation (familiale, sociale et amoureuse).
La voix de Maria Callas a effacé les possibles et le secret de Anna Maria Kalogeropoulou. Identifiée à l’objet voix, objet devenu un fétiche érigé en divinité par une mère monstrueuse et une société prédatrice et sans pitié, elle perdait toute chance de désirer, d’exister, d’aimer.
La grâce, momentanée, de Maria Callas nouait la voix à la vie. C’est ce qui nous touche jusqu’aux larmes lorsque nous écoutons les grands moments de son chant: larmes qui sont aussi celles de la nostalgie de notre propre vie absente.
La grâce est aussi une grande fragilité, la grande fragilité de la nudité de l’être. Les prédateurs et les vampires détruisent la vie en voulant la posséder. Onassis fut un grand prédateur. On peut dire que Maria Callas en est morte.

