D’une rive à l’autre

Le devoir de devenir

Certitude et incertitude du père …

Inexorablement, le développement des sciences et des techniques fracture l’ordre social et moral. Le test ADN sur la paternité introduit un bouleversement de l’ordre ancien, ce qui est une bonne chose car une société humaine est un processus créatif permanent. La société a “une sainte horreur” du désordre, voire de la chienlit – mai 68 reste, à cet égard, un précieux enseignement (sur la question même de l’enseignement).

Le Réel du biologique est un fait incontournable qui nous enseigne et qui doit être formalisé symboliquement: l’incertitude biologique du père est désormais levée. Les réactions de l’ordre ancien (politiques, morales et religieuses) ne se sont pas fait attendre: en France, l’accés au test ADN fait l’objet d’une loi essentiellement restrictive afin de préserver l’ordre et la paix des familles.

Ce qui est censuré sont bien le mensonge, la trahison et la dissimulation des fille-mères (un nombre non négligeable de filles qui récusent le statut symbolique de mère) sur les aléas de la sexualité et des rencontres hasardeuses entre les femmes et les hommes. Ce mensonge, conforté et censuré par l’ordre social ancien, est destructeur car il détruit la possibilité même de la construction symbolique du référent paternel viable.

L’efficace du référent paternel suppose, de la part d’un homme, de renoncer à la folie de l’auto-fondation de sa propre loi, de l’auto-nomie. Elle suppose également qu’une mère reconnaisse et accepte la loi symbolique incarnée par un homme et référée à ce qui le dépasse: une loi hétéronomique constituée au lieu de l’Autre qui n’existe pas.

L’ordre religieux ancien s’est fracturé irrémédiablement depuis le milieu du dix-septième siècle occidental et n’est plus efficace dans l’actualité des sociétés contemporaines. Il s’agit d’inventer un nouveau lien à la loi symbolique qui donne forme aux sociétés humaines. Ce nouveau lien possible est un lien d’écritures et de lectures qui renouvelle non pas le lien de la fausse étymologie de la religion: relier, mais la relecture des auteurs qui font traces d’une recréation véritable.

Les auteurs constituent désormais le lieu de l’Autre qui n’existe pas. En ce sens, Borgès est un précurseur et un phare qui éclaire quelque peu les enjeux des sociétés contemporaines: la bibliothèque comme le représentant du lieu symbolique de l’Autre qui n’existe pas. La loi symbolique devient, dans ce cadre, une loi exonomique viable par un processus permanent entre écritures et lectures.

Cette formalisation symbolique renouvelée éclaire également la pente criminelle des sociétés démocratiques contemporaines: la destruction de l’efficace de la loi symbolique dans la construction des sociétés humaines. Le pire est à venir et c’est bien là une certitude.
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Anselm Kiefer

septembre 30, 2007 Posté par himmelweg | Ethique | | Pas encore de commentaires

Le temps qu’il faut pour apprendre

Le temps qu’il faut pour apprendre” est un dit de Doris Lessing. Rarement un écrivain [et son auteur momentané] exprime (par son oeuvre) avec autant de précision un cheminement vers l’extrême jeunesse possible.

Le paradoxe est le suivant: nous naissons dans la plus grande vieillesse c’est à dire que l’héritage symbolique exclu de l’ascendance pèse de tout son poids angoissant – héritage ligaturé dont l’accés reste barré jusqu’à ce qu’un désir de symbolisation vienne réduire l’inconnu/proche en construisant l’arche du passage.

Le cheminement de l’écriture est donc un voyage vers la jeunesse psychique, voyage singulier que ne peut fixer ni les biographies ni les jugements de valeur du choeur du bon sens.

Ecrire c’est également échapper à l’épinglage du jugement de valeur en ne se trouvant jamais là où on nous attend.

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Le Palézieux

septembre 28, 2007 Posté par himmelweg | Ce que parler veut dire | | Pas encore de commentaires

Du plagiat …

Depuis quelques temps, Marie Darrieussecq (qui se présente sous l’étiquette avantageuse “Psychanalyste & Écrivain”) est sur une sellette peu confortable. Pour la deuxième fois, elle est accusée de plagiat. Camille Laurens ne mâche pas ses mots pour le dire.

 Le plagiat est un détournement qui ne manque pas de fourberie car il met en cause la réalité même de l’auteur qui, depuis longtemps, n’existe plus.

Lorsqu’un écrivain ou bien une écrivaine essaie, en vain, d’écrire, la tentation du plagiat est grande pour faire illusion.

L’auto proclamation “Psychanalyste & Écrivain” est une charlatanerie qui ne manque pas d’une aura médiatique car c’est bien l’analysant et le lecteur qui sont en mesure d’en dire quelque chose.

Au plagiat – et sa mauvaise conscience et son manque d’humour, on peut préférer le pastiche qui met en jeu un désir qui fait preuve de l’existence d’un auteur. Les pâtissiers ont souvent l’humour de la gourmandise, ce qui dénote un surmoi plutôt sympathique.

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septembre 26, 2007 Posté par himmelweg | Aliénation | | Pas encore de commentaires

En dernier recours: faire appel.

Désespérer c’est conserver l’espoir d’un possible appel.

Un appel eut lieu, au tout début: Acceptes tu le don de la parole?

La réponse, inaccessible, reste très diverse selon les récepteurs du message. Beaucoup disent non (les maîtres, les commandants, les politiciens, les possédants, les porte-paroles, les esclaves, les bourgeois, les singes, les perroquets, les marionnettes, les charlatans …). Certains disent partiellement oui (religieux, universitaires, professeurs, éducateurs, névrosés de toutes sortes …). D’autres, peu nombreux, disent vraiment oui (poètes, créateurs, psychanalystes non charlatans, prophètes …).

Désespérer, tel Job sur le fumier de son être, c’est, en reconnaissant ma non vie, susciter un appel sous forme inversée: Vis.

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Pierre Soulages

septembre 24, 2007 Posté par himmelweg | Du sujet | | Pas encore de commentaires

J’arrive chez moi où je suis étranger …

Être “chez soi” est une complétude problématique dans la mesure où le “chez soi” relève du connu. Le véritable voyage “vers soi” me fait arriver comme étranger “chez moi”.

Ce qui m’attend est, à proprement parler, une étrangère, le corps de ma jouissance, celle qui tisse et détisse, incessamment, la matière de mon histoire.

La première boucle du voyage ne se referme pas en un cercle, elle ouvre la seconde boucle puis la suivante. Ces boucles spiralées inscrivent, en leur centre, ce qui, fatalement, m’échappe: le désir.

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Nicolas De Staël 

septembre 21, 2007 Posté par himmelweg | Voyages | | Pas encore de commentaires

Barbe Bleue Onassis, un contemporain …

L’histoire de vie de Anna Maria Kelilia Sophia Kalogeropoulou est un long tissu dramatique dont la trame principale est une prédation (familiale, sociale et amoureuse).

La voix de Maria Callas a effacé les possibles et le secret de Anna Maria Kalogeropoulou. Identifiée à l’objet voix, objet devenu un fétiche érigé en divinité par une mère monstrueuse et une société prédatrice et sans pitié, elle perdait toute chance de désirer, d’exister, d’aimer.

La grâce, momentanée, de Maria Callas nouait la voix à la vie. C’est ce qui nous touche jusqu’aux larmes lorsque nous écoutons les grands moments de son chant: larmes qui sont aussi celles de la nostalgie de notre propre vie absente.

La grâce est aussi une grande fragilité, la grande fragilité de la nudité de l’être. Les prédateurs et les vampires détruisent la vie en voulant la posséder. Onassis fut un grand prédateur. On peut dire que Maria Callas en est morte.

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septembre 21, 2007 Posté par himmelweg | Cruauté | | Pas encore de commentaires

La fabrique du pré …

Une porte est quelquefois très étonnante. Celle de Francis Ponge est verte clavecin.

[10 novembre 1962 (II). La merveille des prés, et ce qu'il m'en faut dire, si simple que ce soit et donc si difficile, est {que c'est un à plat ... qu'ils apparaissent pourtant comme un amène à plat} mais d'aiguilles dressées merveilleusement debout, dans un élan vertical un jet (d'eau incarnée) d'une merveilleuse lenteur, douceur, et d'une merveilleuse simultanéité.

uni mais millier (mais un millier uni de consciences dressées) dans une renaissance simultanée

Le végétal élémentaire à l'état naissant.

la finesse minérale et le liquide réunis, La poussière, le sable des forêts

le principe végétal

..........................maxime debout, la sève y monte

{en principe ... en finesse}

d'un seul (non d'un millier) élan

d'une magnifique énergie et persévérance mais merveilleuse lenteur et retenue pour rester aligné pour que l'un ne dépasse pas trop l'autre

une émulation extrême multipliée par la retenue obligatoire de l'élan

une évaporation concrète (solide) le liquide entraînant le solide vers le haut (de bas en haut)

le pré est l'émulation même

La transmutation à chaque instant en une nouvelle matière (la matière végétale, forme élémentaire de vie) de deux principes inertes: l'eau et le minéral, divisés et mêlés (mixés) à l'extrême +

la sève y monte .............................jet de sève debout

...............................................maxime à plat debout

................................................et jet principiel (vert principiel)

....................................................................et le vert paradis des amours enfantines]

La phusis est une montée, un élan, un élan retenu. L’élan retenu est une énigme du surgissement, de la surrection – une condition primordiale de la renaissance, de la résurrection, voire de l’insurrection contre le minéral.

Jean Oury y associe ce qu’il nomme la “déclosion”.

Farhad Ostovani

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septembre 19, 2007 Posté par himmelweg | Acte | | Pas encore de commentaires

Tout est, de nouveau, possible …

Le jour faiblissait. Il roulait de tristes pensées sur la pente de son désespoir. Tout cela est sans freins lui disait une voix qu’il ne pouvait ne pas entendre. Pourtant, parmi toutes les portes, il avait tenté de frapper à quelques portes, les plus visibles. Mais, rien, nada, nothing, nichts.

Par le plus grand des hasards (mais était-ce un hasard?), une porte musicale le heurta et l’ouvrit, lui l’emprisonné du malheur; et ce fut le plus grand des bonheurs. D’un coup (qui n’était pas d’un seul car il savait de nouveau compter jusqu’à trois) revint le possible du nouveau.

 Quelque chose avait eu lieu (dont il ne pouvait se remémorer l’origine) et avait lieu de nouveau. Il retrouvait sa phrase musicale oubliée, sa sonate intime, sa pulsation rythmique originaire.

L’ancienne berceuse le portait au dessus du sol. La voix de sa mère lui revint dans tout son corps.

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Ubac

septembre 18, 2007 Posté par himmelweg | Ce que parler veut dire | | Pas encore de commentaires

Destruction vivante …

Parfois, dans le flot des choses mortes de la communication de masse, un objet insolite et vivant nous attire vers autre chose. Dans le journal Le Monde du 14 septembre, Valère Novarina dit son point de vue sur ce qu’est un acteur.

Avec la marionnette, le singe est une figure sociale extraordinairement pertinante car elle est notre condition quotidienne: imiter l’humain et donner l’illusion de la vie.

Il est donc nécessaire, en un mouvement préalable, de détruire le factice pour donner une chance au jaillissement créatif de l’humain – c’est à dire ouvrir la porte à la vie.

 L’acteur acte, il ne représente pas, il n’interprète pas, il acte la vie par son corps. Les mots d’une création vraie sont le moteur qui acte le corps de l’acteur. L’acteur est ainsi le degré zéro de l’humain préparant le jaillissement de l’humain. L’acteur n’est pas une personne, c’est, littéralement personne: un signifiant qui représente, pour l’inconscient du spectateur, les coulisses du sujet du désir inconscient. C’est ce qui permet d’échapper à la “psychologie des profondeurs” qui n’est qu’une idéologie qui ne dit pas son nom.

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Velikovic

septembre 17, 2007 Posté par himmelweg | Acte | | Pas encore de commentaires

L’écriture du secret …

Le secret n’est pas ce que l’on s’imagine. Les écrivains se trompent souvent sur la nature du secret en le confondant avec ce qui est tenu secret.

Ce qui est tenu secret est la plupart du temps dévoilé: Julien Green et son homosexualité, James Ellroy et la mort de sa mère assassinée, John Le Carré et l’abandon maternel, Yann Quéfellec et la mort de sa mère, John Irving et un traumatisme sexuel de l’enfance …

Georges Simenon en dit un peu plus et livre la confusion sur le secret: il refusa obstinément une confrontation avec le travail analytique car il était persuadé que la résolution de ses problèmes assécheraient à jamais son inspiration.

Le véritable secret est un vide protégé par la métaphore primordiale. Il peut être montré sans être dévoilé. C’est exactement l’incognito indispensable du sujet de l’inconscient.

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Gérard Titus-Carmel

septembre 14, 2007 Posté par himmelweg | Création/recréation | | Pas encore de commentaires