Du droit au devoir …
Ce mardi, ARTE (re)diffusait un film d’Agnés Varda de 1976: “L’une chante, l’autre pas” – film intéressant à plus d’un titre sur le féminisme de l’époque post 68 mais dont la partie musicale est, en maintenant sauf le respect dû à la cinéaste, assez mauvaise; Agnés Varda n’est pas une musicienne et cela s”entend et se comprend dans la composition musicale.
L’intérêt du film réside dans cette prise de conscience féminine, sociale et politique qu’une femme à le droit de disposer de son corps – “Mon corps est à moi”, droit imprescriptible inscriptible sur les grandes tables des droits de l’homme, droit qui remet en cause la domination politique et religieuse sur la reproduction de l’espèce humaine.
De la nécessité d’un droit à disposer de son corps à la jouissance corporelle de la maternité, le film explore les mutations subjectives, politiques et sociales du corps d’une femme. Mais cette exploration n’aborde pas la question du devoir, non pas du devoir d’être mère mais du devoir éthique qui incombe à une femme musicienne dans l’acte de procréation: discerner et choisir un homme capable d’être le passeur poétique de l’Esprit, consentir à reconnaître la présence de l’Esprit et accepter sa transmission musicale, par la voix, vers l’enfant.
Il faut bien admettre, hélas, que les pères poètes et les mères musiciennes ne courent pas les rues et que c’est un grand malheur pour les enfants qui devront en payer durement la dette.

Le Réel de la dépression
Le Réel de la pathologie dépressive nous est un enseignement quant à l’espace et la temporalité. A la différence de l’espace (homogène, continu et isotope) le temps se démontre, par la clinique des dépressions, discontinu et non homogène. Ce qui conforte la puissante intuition de Henri Bergson.
Une traduction syntaxique et grammaticale de la temporalité gelée de l’état dépressif et mélancolique pourrait être celle-ci: Ah! si je ne ne l’avais pas choisi(e), je n’en serais pas là. Le mouvement spatial et temporel du devenir s’y trouve bloqué: le passé fermé n’ouvre aucun futur producteur de présence – ce qu’une culture “punk” traduit par un “no futur” caractéristique d’un état dépressif de masse.
La massification de l’état dépressif est liée à l’expension du consumérisme (l’objet proposé à la demande masque et obture la plainte fondamentale de l’état dépressif “ici-bas, je ne suis pas là” – pathologie dite de la “fièvre acheteuse” lors de la montée maniaque). Paradoxalement le “progrès” et ses idéologies conservatrices n’ouvrent aucun avenir pour les assujettis (sauf pour l’industrie pharmaceutique et les soi-disant thérapeutes qui prolifèrent sur le fumier humain de la souffrance). Il faut bien constater que sur ce plan de l’aliénation de masse, “l’éthique” médicale ne brille pas spécialement de ses feux humanisant.