D’une rive à l’autre

Le devoir de devenir

La passion criminelle du mensonge

La lecture d’entretiens entre Roger-Pol Droit, Dominique Desanti et Jean-Toussaint Dessanti (“La liberté nous aime encore”, éditions Odile Jacob 2004) laisse quelque peu perplexe: comment des personnes, cultivées et intelligentes, ont-elles pu, en tant que militants du Parti Communiste Français dans l’immédiat après-guerre, maintenir leur régime de croyance sur le devenir de l’humanité dans une pratique permanente du mensonge institutionnalisé?

Question redoutable sur la passion criminelle du mensonge et la croyance. C’est une passion criminelle dans la mesure où le mensonge est une destruction du lieu de la parole – c’est-à-dire le Grand Autre qui n’existe pas mais par lequel il est possible d’exister. La croyance est une sombre bêtise: croire que le Grand Autre existe – croire en l’existence de Dieu relève de la même funeste bêtise, funeste parce que meurtrière et productrice de guerres de religions.

La foi c’est tout à fait autre chose.

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Varlam Chalamov

août 13, 2007 Posté par himmelweg | mensonge et croyance | | Pas encore de commentaires

Style et doxa …

L’art d’écrire est probablement l’art le plus difficilement modifiable par les avant-gardes (ce qui avait été le grand remue ménage, sans grandes conséquences, du groupe Tel Quel). La peinture (Cézanne), la musique (Schoenberg) et quelques autres modes d’expression proposent, plus ou moins sporadiquement, des mutations et des renouvellements des formes. L’écriture, et dans une moindre mesure le cinéma, résistent à une transformation des modes d’expression.

Dès que l’on touche à la fabrication du sens et de la signification, on touche également une résistance psychique puissante. Il suffit d’entreprendre la lecture de quelques auteurs – Jelinek, Guyotat, Joyce, Pynchon, Cixous et quelques autres dont Lacan – pour s’en rendre compte.

 Il y a une religion du Livre qui serait un interdit porté sur l’organisation signifiante du texte. Le mode d’assemblage des signifiants est réservé au Créateur Premier qui a opéré le grand partage entre le Bien et le Mal.

Le plaisir du texte tient donc au maintien d’une orthodoxie qui nous protège de la douleur insupportable: la perte d’un système signifiant fixe qui organise la séparation entre un Dedans et un Dehors. Il faut être un peu fou ou bien folle pour se risquer dans une zone sans repères fixes, pour abandonner le corps du plaisir et affronter le corps de la jouissance c’est-à-dire devenir (le) Créateur.

août 13, 2007 Posté par himmelweg | Destruction | | Pas encore de commentaires