D’une rive à l’autre

Le devoir de devenir

La famille hait la loi

Sous ce titre “La famille et la loi”, un éditorial du journal “Le Monde” du 08 août propose quelques éléments de réflexion à propos d’une procédure judiciaire engagée à Thionville: la mère d’une adolescente de 14 ans assigne, devant le Juge des enfants, sa fille pour vol de chéquier et falsification de signature. L’assignation est jugée recevable par le parquet, recevabilité qui crée un frisson de curiosité médiatique car la tradition juridique français, via le droit romain, protège la famille par une immunité (article 311-12 du code pénal – la force des liens familiaux a paru au législateur assez puissante pour légitimer l’existence d’immunités particulières).

La conclusion de l’éditorialiste est sans ambiguïté, les parents sont responsables d’une éducation qui ne relève pas d’une juridiction:

Quelles que soient les difficultés relationnelles dans une famille, les parents sont chargés de l’éducation de leurs enfants et sont civilement responsables des actes que ceux-ci commettent. On ne peut que douter de la valeur pédagogique d’une décision qui consiste à les traîner devant les tribunaux”.

Cette conclusion a le mérite d’être simple mais ce simplisme n’éclaire ni ne résout la question posée par ce fait judiciaire. La loi qui structure la famille ne recouvre pas la loi du code civil (l’interdit de l’inceste en est un exemple). Il s’agit donc de créer (au sens d’une création) une articulation viable entre ces deux registres.

On ne peut stigmatiser une mère, submergée par l’impuissance éducative, de faire appel à la Justice pour trouver une solution. La lecture des différentes réactions à l’éditorial montre que ces réactions sont, pour la plupart, totalement réactionnaires c’est-à-dire un retour à la coercition et à la violence éducative (dont les châtiments corporels).

Comme chacun sait depuis quelques temps, il y a au moins trois tâches impossibles: gouverner, éduquer, enseigner. L’impossible est à penser (ce qui ne semble pas à la portée actuelle de l’éditorialiste du journal “Le Monde”).

L’impossible c’est le Réel disait un auteur connu de quelques uns. En ce qui concerne la structure familiale, le Réel problématique c’est la jouissance sauvage de la mère qui n’est pas sans effet sur le désir de l’enfant. La loi du Père (qui n’est pas celle du géniteur pour éclairer quelques lanternes) est une loi de la langue c’est-à-dire une capacité poétique (métaphorique) de dire la loi qui structure l’inconscient dans son lien à la jouissance sauvage de la mère. C’est donc la capacité, pour un homme en position provisoire de père, d’énoncer une parole poétique qui fait passer la loi qui structure l’inconscient. La capacité d’énonciation d’un père ne suffit pas, il y faut la reconnaissance et l’assentiment d’une mère.

Les conditions d’une parole qui fait loi et autorité légitime sont donc extrêmement difficiles à réunir. C’est une question de civilisation et non de culture. Or il faut bien constater que la pente actuelle de la civilisation est plutôt régressive: la violence du politique en est le symptôme le plus fort. Cette dégradation profile le pire à venir dont on a pas idée. Il faudrait donc s’y préparer.

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Zoran Music

la-famille-et-la-loi.doc

août 9, 2007 Posté par himmelweg | Poésie | | Pas encore de commentaires