Vivre sa vie
Antienne de la jeunesse, “vivre sa vie” est un mot d’ordre qui semble consacré à la vie même. Hélas, la vie n’appartient pas. Ce que l’on s’imagine de la vie n’est, le plus souvent, que la répétition implacable d’un destin humain – c’est-à-dire un malheur innommé, malheur aimé car source d’une jouissance puissante, perversion au sens fort c’est-à-dire une version du père catastrophique (ce que n’a pu penser, trop humain malgré sa puissance intellectuelle, Friedrich Nietzsche face à Lou Von Salomé).
Vivre la vie au lieu de vivre sa propre vie est défendu car cela désorganise le monde humain tissé par le malheur. Abandonner son humanisation antérieure est un grand risque qui reste peu probable car la tentation est trop forte de jouir du malheur.
Résister à la tentation et rejoindre l’autre rive de la vie est une folie: rejoindre la chose c’est rejoindre Dieu, c’est ce qu’une femme est en mesure de savoir.
