La destruction des juifs d’Europe
Raul Hilberg a rejoint, samedi 04 août, le lieu des vivants-morts. La solitude, la détermination et le courage de l’homme et de l’historien ont eu raison du silence et de la mauvaise conscience (qui concerne également et paradoxalement Israël – Raul Hilberg a pu en témoigner lors de la réception de son ouvrage en Israël) sur l’innommable de l’Europe et de ses démocraties.
Le chef légal des criminels nationaux socialistes allemands (le crime érigé comme principe légal de l’État) était absolument convaincu que la destruction des juifs était le préalable nécessaire à la construction de l’Europe (qu’il pensait évidemment nationale socialiste allemande pour plusieurs millénaires). Ce qui reste une question difficile à aborder dans l’actualité de l’Europe. Depuis les Lumières européennes, les diasporas juives étaient devenues la “Question juive”: assimilation, intégration, communautés, communautarismes, altérité inassimilable du judaïsme et les autres choses. La “solution finale” de la “Question juive” fut donc la destruction. On ne peut que constater que la construction de l’Europe a réellement commencé après la deuxième guerre mondiale avec l’axe majeur franco-allemand.
Jean-Claude Milner a abordé cette question en 2003: “Les penchants criminels de l’Europe démocratique” éditions Verdier – livre par lequel il argumente que la destruction des juifs d’Europe est aussi la destruction du judaïsme c’est-à-dire la destruction d’un lien au savoir et de sa transmission, la destruction de l’opérateur de la filiation: le référent du père. De ce point de vue, la fracture réelle et totalement inattendue de “mai 68″ prend un sens nouveau: la faillite de la transmission du savoir par l’Université et son discours – ce qu’une idéologie réactionnaire, de droite ou bien de gauche, nie avec l’énergie du cynisme politique, une extension de la psychose de masse que l’on peut constater en fréquentant les hôpitaux psychiatriques (il faut entendre ce que répète inlassablement Jean Oury: la fonction meurtrière de la bureaucratie d’Etat qui trace le toujours possible de l’extermination).
