Ce que parler veut dire …
FR3 a commémoré, très tard dans la soirée, l’oeuvre de Ingmar Bergman en diffusant Persona – film de cinéma réalisé en 1966 avec Bibi Andersson et Liv Ulmann.
Les films de Ingmar Bergman et Michelangelo Antonioni sont maintenant rangés dans la grande armoire de la culture, diffusés et rediffusés par les TV au compte goutte. Ils sont devenus étrangers à la culture de masse de la communication.
Persona est devenu, très justement, un film de résistance absolument nécessaire face à la violence de la culture de masse de la communication: violence qui est une négation de la question de l’être et une exclusion du sujet du désir inconscient. Le retour massif depuis le Réel, qui fait symptôme dans la réalité du monde, sont la violence du politique et la destruction de l’environnement.
Le personnage central de Persona est une actrice qui refuse soudainement l’articulation de la parole lors d’une représentation théâtrale d’Electre. Ce refus radical s’inscrit dans deux registres liés par l’expulsion dans le Réel et le retour du refoulé dans la réalité: l’un étant la parole singulière de l’actrice, l’autre étant l’effroi devant la violence politique de la réalité du monde.
Un acteur ou une actrice sont souvent amenés à constater le décalage entre la parole d’un auteur et leur propre parole singulière. Un acteur est rarement à la hauteur d’une parole authentique qui vient dire la vie, l’exister de l’étant. C’est là, comme le souligne Ingmar Bergman, un enjeu de vie et de mort. Les grands acteurs et les grands réalisateurs le savent. Il y en a peu.

La peur de vivre
Vivre, c’est-à-dire exister, constitue, probablement, la plus grande peur. La plupart préfère l’aliénation qui constitue un motif pour durer, sans exister, jour après jour – aliénation qui constitue la jouissance la plus difficile à dénouer (Marx ne disait probablement pas autre chose lorsqu’il thématisait la chaîne aliénante d’un monde ouvrier qui refuse, face au désir meurtrier des maîtres, le risque de devenir).
De ce point de vue, contrairement au discours scolaire qui brouille les enjeux de la vie, la peur se différencie de l’angoisse dans la mesure où l’angoisse n’est pas sans objet: elle est dans la très grande proximité de l’objet du désir du sujet de l’inconscient.
